Les 4 priorités de Michel Combes pour SFR

Le PDG de SFR a rencontré la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale ce mercredi afin de défendre la stratégie du groupe de télécommunications. Pas si facile…

Michel Combes lors de son audition ce matin devant la commission des Affaires économiques. (c) AFPMichel Combes lors de son audition ce matin devant la commission des Affaires économiques. (c) AFP

Michel Combes a passé son grand oral sous tension. Ce mercredi 29 juin, le PDG du groupe SFR, reçu par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, a répondu aux questions des députés une à une pendant deux heures. Michel Combes, à l’aise dans l’exercice du grand O, s’est parfois défaussé sur ses concurrents ou sur l’Arcep. Il était épaulé par le président de NextRadio TV Alain Weill, “une success story de la télé en France”, selon ses mots, et Michel Paulin, le directeur général en charge des activités télécoms pour un renfort technique.

Le premier tacle de Michel Combes était pour la Commission européenne qui gêne aux entournures les ambitions du groupe. “Il est essentiel que l’Europe facilite l’expansion d’acteurs puissants qui puissent investir dans les contenus et les infrastructures”, a-t-il lancé, avant de dérouler la stratégie en quatre points.

  • La fibre

“La première priorité de SFR, c’est l’investissement dans le très haut débit”, a résumé le PDG. A plusieurs occasions, il a répété que la quête du “meilleur réseau et du meilleur service” étaient les priorités. “Certains opérateurs, comme nous, ont fait de l’investissement dans les infrastructures une priorité, nous avons investi à un niveau comparable à celui d’Orange dans le très haut débit”, assure-t-il. Avant d'”appeler à un rééquilibrage dans les zones AMII”, soit moyennement denses et partagées entre différents opérateurs, celles où SFR a justement pris beaucoup de retard.

Michel Combes s’est fait tancer sur la question de la fibre. L’opérateur est régulièrement accusé de faire de la “fausse fibre”, soit d’amener l’Internet très haut débit jusqu’en bas des immeubles grâce à la fibre, puis de la relier jusqu’aux appartements avec le câble ou le cuivre. Un arrêté oblige les fournisseurs à préciser de quelle fibre il s’agit. Michel Combes le “qualifie de ridicule” et veut déposer un recours.

“Vous avez une stratégie très ambitieuse. Mais vos clients demandent d’abord d’être raccordés au réseau! Ils attendent d’avoir des services qui marchent”, a balancé sec Frédérique Massat, députée PS et présidente de la commission des Affaires économiques.

  • La stratégie de contenus

Le PDG de l’opérateur a rappelé la stratégie forte de SFR dans les contenus, soit se déployer dans la presse, les news, les œuvres et les droits sportifs pour en faire un atout différenciant ou “attractif”. “Pour la presse, il n’y a pas de fatalité à décliner si nous l’accompagnons dans sa transformation numérique. Notre offre SFR presse est faite de marques très fortes”, assure Michel Combes. Selon lui, le problème vient principalement de la distribution. Et est en train de se résoudre car 3 millions de clients ont accès à l’application SFR presse qui a été téléchargée 1,1 million de fois. En matière d’actualité, il se félicite de pouvoir prendre des risques de nouveau en lançant notamment le format local de BFMTV Paris. Mais c’est dans les séries que SFR va passer à la vitesse supérieure en produisant à son tour des programmes sur le modèle de ce que fait Amazon aux Etats-Unis ou le groupe Altice en Israël.

  • La dette

“Vous êtes un des mystères du capitalisme français ou européen avec des activités au Luxembourg, au Panama, en Suisse, aux Pays-Bas… Etes-vous un géant ou un géant aux pieds d’argile?”, s’est amusé un député poétique. La question de la dette du groupe Altice est préoccupante pour plusieurs députés. “Nous pensons que le niveau d’endettement de l’entreprise est cohérent avec son activité. Nous n’avons aucune maturité à court terme à rembourser (rien avant 2022, ndlr). Plus de 80% de notre dette est obligataire à taux fixe donc moins soumises aux fluctuations”, annonce Michel Combes qui se veut rassurant. Ainsi les soucis liés au Brexit ne devraient pas avoir d’influence sur le groupe. Exit aussi, les questions de remboursement renvoyées à plus tard.

  • Le social

Enfin, Michel Combes est revenu sur les propos de Patrick Drahi qui estimait le 21 juin dernier que le groupe est en “sureffectifs”. “La position de Drahi est-elle exagérée ou s’agit-il de mieux faire valoir son point de vue?”, lui a lancé un autre député. “L’adaptation de SFR est une nécessité absolue pour rester compétitif. Le législateur a voulu quatre opérateurs, donc nous sommes sur un marché particulièrement exigeant”, a expliqué le patron.

Une contrainte existe. Lors de la reprise du groupe SFR par Numericable en juin 2014, Drahi s’était engagé à n’organiser aucun plan de départs avant mi 2017 pour répondre à la requête de l’ancien ministre de l’Economie Arnaud Montebourg. Combes a affirmé qu’il respectera cet engament en matière de date. Mais la restructuration devrait suivre. “L’entreprise est organisée en silos, avec des redondances sur les fonctions supports. Cette situation est frustrante, même pour les salariés, et pénalisante pour l’entreprise”, a assumé Combes. Il exercera certainement ses fonctions de cost-killer dès qu’il en aura le droit.

 source: challenges.com